Tout de mon cru.

6.8.07

Amour grave ou inerte ?

En réponse à On sort ensemble ? sur le blog à bozzo.

Quand j'étais gamin, il y avait une espèce d'accord tacite entre les filles et les garçons. Si on s'embrassait "sur la bouche" bah... on était "ensemble". Et si t'embrassais une autre bouche que celle avec qui t'étais "avec", sans avoir "cassé", bah... tu la faisais "cocu". C'était assez clair. Tu "sortais" avec la meuf avec qui tu faisais des bisous et tu faisais des bisous à la meuf avec qui tu "sortais". Le mot "sortir" signifiais à peu près tout ce qui différenciait ta relation d'une relation amicale. Activités et engagements. Droits et devoirs.

En physique le mot "masse" a deux sens.
1. L'effort à produire pour dévier un objet de sa course, ou pour le mouvoir s'il est immobile, est proportionnel à sa masse. sigmaF = mi * a. La masse est un frein à la modification d'un mouvement.
2. L'attraction gravitationnelle entre deux corps est proportionnelle au produit de leurs masses. F = G * mg1 * mg2 / R^2. La masse est un facteur d'attraction.


Un hasard de la nature fait que la masse inerte (mi celle du premier phénomène) et la masse grave (mg, second phénomène) sont proportionnelles entre elles et donc identifiables l'une à l'autre. D'où la polysémie du vocable. Pourtant, certaines théories scientifiques comme la théorie des cordes prédisent que cette relation pourrait cesser d'être vérifiée à des échelles beaucoup plus fines que celles observables.
Au final, les i et les g à coté des m, on les met que si on en a besoin, c'est à dire pas souvent.

La question, à mon avis, c'est de savoir pourquoi on a tendance à mettre de plus en plus de i et de g quand il s'agit d'amour.

  • L'amour grave (Ag)

L'attraction entre deux corps, qu'elle soit physique, chimique, biologique ou de tout ordre, est une pulsion déterministe de l'espèce humaine qui tend à faire en sorte que monsieur pénètre mademoiselle et y déverse son trop plein d'affection. Cette pénétration a été jusqu'à un passé récent, condition sine qua none à la reproduction des humains. L'amour grave, c'est le moteur de la reproduction sexuée.

  • L'amour inerte (Ai)

La stabilité du couple est la base de la famille en tant que cellule nucléaire de notre civilisation. C'est la rampe de lancement oedipienne de l'enfant-individu-social. C'est un ensemble de modèles de références déterminant l'humain. Ce besoin d'inertie est donc un point d'ancrage de la civilisation.

On aurait pu dire il y a peu et sans équivoque, qu'un des piliers de notre société était l'amour (noté A tout simplement), car Ag et Ai était nécessaires l'un et l'autre et que ces notions étaient indissociables (au sein d'une institution telle que le mariage par exemple).

Les temps ont changé.

Ai est démodé. Il n'est plus nécessaire à l'éducation des gamins, la télé et l'école s'en charge. De plus, il est un frein à la consommation et au travail. Un couple divorcé avec un enfant, ce sont deux travailleurs, deux appartements, deux voitures, deux cadeaux de Noël (ce qui implique une compétition et donc plus d'argent dépensé.). Bref, une aubaine pour le marché.

Ag, lui, est en meilleure forme. Pour être "cool", il faut pécho, voire partouzer. C'est tendance. Et puis, pour y arriver, il est de bon aloi d'avoir de beaux vêtements, des lunettes Gucci, une Mini Cooper, une crême de soin au bêta-hydroxyde de propyl-carotène des laboratoires Machin et de bosser dans la com'...

En gros la civilisation à changé, les lois du marché prennent le pas sur celle de la nature. Pour l'instant Ag est toléré car il est compatible avec la pulsion consommatrice (qu'on pourrait noter A$). De plus il est encore nécessaire à la procréation. Mais ne nous y trompons pas, l'objectif de nos bergers est de faire de nous des animaux déterminés uniquement par le besoins de consommer. S'il faut abandonner l'amour en chemin, leur main ne tremblera pas.

La consommation n'est pas la liberté. La mercantilisation de l'amour n'est pas une "libération sexuelle" mais une concession, un voeu d'allégeance fait au capital. Humain ou mouton. Prison d'amour ou prison dorée. Tisser nos propres liens sociaux nous rend plus forts et plus libres face à la vrai oppression qu'est celle du marché. Une société sans amour, c'est un contre tous et tous contre un. (Contexte peu propice à une révolution soit dit en passant.)

Désintégrer la notion d'amour, c'est condamner à mort l'humanité telle qu'on la connait.

L'analogie entre théorie des cordes et théorie du gibet est une autre histoire. Elle restera pendante.

1 commentaire:

bozzo a dit…

Alors, c'est fini l'amour? Snif...Et si ça n'avait jamais existé?