Tout de mon cru.

7.2.07

Lettre ouverte au directeur de la banque Santander.

M. le Directeur Général,



Je viens de recevoir et de parcourir l'enthousiaste missive que vous m'avez faite parvenir. Celle-ci, dactylographiée et imprimée sur un papier d'une qualité rare, honorée en son pied de la présence de votre signature simili-manuscrite, m'a empli d'une saveur aigre-douce, pour ne pas dire, en paraphrasant un grand artiste belge, d'un arrière-goût salement dégueulasse.

L'objet de cette lettre a les allures d'une bonne nouvelle. J'aurai désormais le privilège d'être exonéré de toutes les commissions de service que je vous payais autrefois. Et ce n'est pas tout ! J'ai même plein droit au réductions tarifaires et autres avantages que vous avez négociés pour moi avec nombre de vos partenaires. Loisirs, intérieur, santé, communication... une merveille.

Évidemment, vous ne manquez pas de me faire remarquer que je suis un client privilégié. A grand renfort de flatterie, vous m'expliquez les raisons qui vous ont incités à m'octroyer ces avantages. Je suis un bon client, mon salaire tombe tous les mois, mon argent vous permet de gagner le votre... il semble s'agir d'un juste retour des choses. Vous me faites même parvenir une jolie carte plastifiée "queremos ser tu banco" qui confirmera à qui veut l'entendre la stabilité de ma situation économique. Oui mais voilà, vous n'oubliez pas non plus de me faire remarquer, M. le directeur général, que ces avantages me seraient supprimés, si mes revenus annuels devenaient inférieurs au seuil annuel fatidique de la douzaine de milliers d'unités de nos devises.

Pour parler crument. Les riches et les pauvres seront traités de manières différentes. Les premiers seront choyés, les seconds saignés au quatre veines. Une sorte de discrimination positive à l'envers... (Tiens ! L'apocope de cette formule m'est familière. 180+180=360...)

Vous vous revendiquez, par le biais de votre site internet, de valeurs humanistes de responsabilité sociale, grandes et belles idées. Cela constitue un bel exemple, s'il en est, de double discours.

Le marketing est ce qu'il est. Eludons ces déclarations. Soyons pragmatique. La vrai question est: "Peut on demander aux banques qu'elles soient solidaires ? S'agit-il de leur responsabilité ?"

Le monde moderne est ainsi fait que votre banque, ou tout autre organisme capable d'effectuer de massives opérations boursières, à le pouvoir de réduire en charpie sur une simple décision financière tout un secteur de notre économie. Il vous suffit d'en retirer vos billes, vous ne payeriez même pas de taxe. Vous pouvez, M. le directeur général, envoyer un millier de mes semblables faire la queue devant les bureaux déjà surpeuplés de nos services sociaux. La loi vous le permet, elle ne sert plus l'intérêt collectif.

Vous avez ce pouvoir. Vous avez le pouvoir de pression auprès de nos états, de nos gouvernements. Vous pouvez leur exiger ce que bon vous semblera. Nos institutions sont vos otages. La main qui donne est au dessus de celle qui reçoit, vous l'avez bien compris. Sachez que tout pouvoir sur autrui implique une responsabilité. Si la loi ne sert plus l'intérêt du peuple, alors la loi est illégale.

M. le directeur, permettez-moi de vous faire humblement part d'un conseil. Si vous ne voulez pas que le peuple, le jour où les marchés financiers lui seront plus familiers, vienne jusque dans vos bras, vous rendre la monnaie de vos commissions. Rendez les armes. Rendez le pouvoir au peuple. Cessez vos pressions impies sur nos législateurs.

Vos corporations seront les premières visées.

Cordialement,



Un client amer. Un citoyen souverain.